Nos Métiers

Un Savoir-Faire, Sept Métiers d'Exception

Porter un chapeau, c'est arborer le fruit d'une collaboration invisible entre des artisans passionnés. De la sculpture du bois à la délicatesse d'une plume, la Fédération Française des Artisans du Chapeau vous invite à découvrir les visages et les gestes qui façonnent l'élégance française.

Le Chapelier
Métier d'Art

Le Chapelier

"L'architecte de la forme et de la matière"

Présentation du métier

Le chapelier est l'artisan qui donne vie à la matière brute. Spécialiste du volume et de la structure, il travaille principalement le feutre (poil de lapin, de castor ou laine) et la paille. Son art réside dans la capacité à transformer une "cloche" ou un "capeline" informe en un objet structuré, durable et élégant : c'est à dire un chapeau.

Missions et Savoir-faire

  • Le Moulage : Utilisation de la vapeur pour assouplir la matière et la tendre sur des formes en bois de tilleul.
  • Le Passage au fer : Travail de précision pour fixer la forme et donner du brillant ou du mat au feutre.
  • L'Apprêtage : Application d'apprêt textile pour assurer la tenue du chapeau dans le temps.
  • La Restauration : Nettoyage, remise en forme et changement des entrées de tête pour redonner vie aux pièces anciennes.
Découvrir l'histoire du métier

L'histoire du chapelier est celle d'une transition entre la corporation médiévale et l'industrie de luxe.

  • Moyen Âge (XIIIe siècle) : En 1292, le Livre des Métiers d'Étienne Boileau recense déjà plusieurs spécialités à Paris.
  • La Renaissance et le Feutre : Le métier se spécialise dans le travail des poils (castor, lapin). L'utilisation de peaux provenant du Canada au XVIe siècle révolutionne la qualité.
  • Le Siècle des Lumières (XVIIIe) : C'est l'époque du Tricorne, puis du Bicorne. Le chapeau est un marqueur de rang social et militaire.
  • Le XIXe Siècle (L'Âge d'Or) : Apparition du Haut-de-forme vers 1797. Le chapelier devient un acteur majeur de la silhouette masculine.
  • 1910 - 1960 : Le Canotier et le Fedora dominent. Après la Seconde Guerre mondiale, le métier décline avec l'abandon progressif du port du chapeau quotidien.

Profil et Qualités

Un métier de force et de finesse. Il faut de la vigueur pour travailler le feutre chaud, de la patience pour le séchage, et un œil expert pour l'équilibre des lignes.

La Modiste
Métier d'Art

La Modiste

"La sculptrice de l'élégance et du détail"

Présentation du métier

La modiste est la spécialiste de l'ornement et du travail de volume dans l'espace. Si elle peut créer la base de ses pièces, son expertise se concentre sur la création de modèles uniques, souvent sur mesure, destinés à la parure féminine. Elle travaille des matériaux légers et précieux : sisal, buntal, soie, velours, plumes et fleurs artificielles.

Missions et Savoir-faire

  • La Création sur mesure : Analyse de la morphologie du visage et de la tenue pour créer une pièce en harmonie avec l'événement.
  • Le Travail du flou : Maîtrise de la couture à la main, du plissé, du drapé, et de la manipulation des textiles fins.
  • La Plumasserie & Fleurs : Art de monter des décors aériens, de teindre et de sculpter des ornements délicats.
  • Le Conseil en style : Véritable styliste, elle guide ses clientes vers le choix des couleurs et des volumes.
Découvrir l'histoire du métier

La modiste naît de la distinction entre la confection d'un vêtement et son "ornementation".

  • L'Émergence (XVIIe siècle) : À l'origine, les modistes sont des marchandes de modes. Elles vendent les rubans, les gazes et les dentelles.
  • Le Tournant Rose Bertin (1770) : Marie-Jeanne Bertin, première "marchande de modes" de Marie-Antoinette, impose sa signature créative.
  • La Révolution Française : Les corporations sont abolies (1791), permettant aux modistes de s'installer librement.
  • La Belle Époque (1900) : L'apogée des parures monumentales. C'est à cette époque que Gabrielle Chanel ou Jeanne Lanvin ouvrent leurs premières boutiques de chapeaux.
  • Le XXe Siècle : Dans les années 1920, la modiste crée le "Cloche", qui accompagne la coupe à la garçonne.

Profil et Qualités

Sens de l'esthétique, dextérité manuelle extrême et grande capacité d'écoute. La modiste doit savoir interpréter les désirs de ses clientes pour créer une pièce qui révèle leur personnalité.

Chapelier ou Modiste ?

Aujourd'hui, la frontière est devenue poreuse. On utilise souvent le terme "Modiste-Chapelier" pour désigner l'artisan qui maîtrise les deux aspects : le moulage de la forme et la délicatesse des finitions. Le chapeau n'étant plus obligatoire au quotidien depuis les années 1960, ces métiers se sont déplacés vers le secteur du luxe, du sur-mesure, du spectacle et de la haute couture.

Le Formier
Métier Rare

Le Formier

"Le sculpteur du volume"

Présentation du métier

Le formier est l'artisan d'art qui sculpte dans le bois les moules (les "formes") indispensables à la fabrication des chapeaux. Véritable ingénieur du volume, il interprète les dessins des créateurs pour les transformer en objets tridimensionnels. C'est un métier à la frontière de la sculpture, de l'ébénisterie et de la mode. Le formier est le premier maillon de la chaîne.

Missions et Savoir-faire

  • La Sculpture sur bois : Tailler un bloc de bois brut pour créer une calotte (le sommet du chapeau) ou un bord.
  • Le Travail du "Passage" : Concevoir des formes complexes, parfois divisibles en plusieurs morceaux (système de clés).
  • La Lecture du volume : Traduire une tendance de mode ou une morphologie précise en une courbe parfaite.
  • La Restauration : Remettre en état des formes anciennes souvent centenaires.
Découvrir l'histoire du métier

Le destin du formier a toujours suivi celui des modes capillaires et vestimentaires.

  • XVIIe - XVIIIe siècles : Le métier émerge avec la complexification des chapeaux de cour.
  • XIXe siècle (L'Expansion) : Avec l'industrialisation de la chapellerie, la demande de formes standardisées explose.
  • 1920 - 1950 : C'est l'âge d'or du design de chapeaux. Les formiers collaborent étroitement avec les modistes.
  • Aujourd'hui : Le métier est devenu rare (il ne reste qu'une poignée de formiers en France). Il est classé au titre des Savoir-faire rares et du patrimoine immatériel.

Profil et Qualités

Une vision spatiale hors du commun. Le formier doit imaginer l'objet "à l'envers" et anticiper les contraintes techniques du moulage. La précision se joue au millimètre.

Le Carcassier
Métier d'Art

Le Carcassier

"Le créateur des ossatures de chapeau"

Présentation du métier

Le carcassier est l'artisan spécialisé dans la conception et la fabrication de l'armature interne des chapeaux rigides. Son travail consiste à créer une structure (la carcasse) légère mais indéformable, qui sera ensuite recouverte de tissu par la modiste ou le chapelier. C'est un métier de précision géométrique où la solidité ne doit jamais sacrifier la légèreté.

Missions et Savoir-faire

  • Le travail de l'apprêt : Utilisation de toiles de coton ou de lin fortement encollées qui deviennent rigides en séchant.
  • Le montage à chaud : Assemblage des différentes parties à l'aide de fers chauds pour souder les épaisseurs de toile.
  • Le sparterie et le grillage : Manipulation de fibres de bois tressées ou de grillages métalliques fins.
  • La pose du jonc : Pose d'un fil métallique sur le bord du chapeau pour en assurer la parfaite tenue.
Découvrir l'histoire du métier

L'histoire du carcassier est indissociable de l'évolution de l'élégance formelle.

  • L'essor du Haut-de-forme au XIXe siècle : C'est l'âge d'or du métier. Le haut-de-forme "en soie" repose sur une carcasse de toile rigide.
  • L'innovation technique : L'invention de la "carcasse élastique" permet de créer des chapeaux claque (le Gibus).
  • Du XXe siècle à aujourd'hui : Avec la fin du port quotidien du haut-de-forme, le métier s'est déplacé vers le monde du spectacle, de l'opéra et du cinéma.

Profil et Qualités

Une rigueur de bâtisseur. Le carcassier doit avoir une compréhension parfaite des volumes et des équilibres. C'est un métier qui demande de la force pour le travail à chaud et une grande minutie pour les assemblages.

Le Feutrier
Métier d'Art

Le Feutrier

"Le spécialiste de la transformation de la fibre"

Présentation du métier

Le feutrier de chapellerie est l'artisan spécialisé dans la fabrication des "cloches" et "capelines" (les formes de base non encore moulées). Son art repose sur l'utilisation des propriétés physiques des fibres animales (poil de lapin, de castor ou laine) qui, sous l'action combinée de l'humidité, de la chaleur et du mouvement, s'enchevêtrent de manière irréversible pour former le feutre.

Missions et Savoir-faire

  • Le Bastissage : Projection des fibres sur un cône rotatif perforé pour créer une première nappe fragile.
  • Le Foulonnage : Action de presser et de masser les fibres pour les resserrer.
  • Le Teinturage : Mise en couleur de la cloche dans des bains de teinture à haute température.
  • Le Ponçage et l'Émerisage : Travail de finition pour donner au feutre son aspect final.
Découvrir l'histoire du métier

Le feutre n'est pas tissé ; il est le résultat d'une transformation alchimique du poil animal. Son histoire se confond avec celle de l'humanité.

  • Les origines : Bien avant l'invention du tissage, le feutre était utilisé par les peuples nomades d'Asie centrale. La légende raconte que les bergers transformaient naturellement la laine en feutre dans leurs chaussures.
  • Le Moyen Âge : En Europe, le métier de feutrier se structure avec l'essor des corporations de chapeliers.
  • XIXe siècle : Le passage à l'industrie voit naître des "villes-chapeaux" comme Chazelles-sur-Lyon (capitale historique du chapeau de feutre) et Montazels (cœur battant de la cloche de laine).
  • Aujourd'hui : Le feutre est redécouvert par le design et la mode pour ses propriétés acoustiques, thermiques et écologiques.

Profil et Qualités

Un métier qui demande de la patience et une grande résistance physique (travail dans la chaleur et l'humidité). Le feutrier doit avoir un toucher extrêmement exercé pour juger de la densité du feutre.

Le Fleuriste
Métier d'Art

Le Fleuriste

"Le créateur de la nature éternelle"

Présentation du métier

Le fleuriste de mode (ou fabricant de fleurs artificielles) est l'artisan qui transforme des étoffes plates en fleurs d'un réalisme saisissant ou d'une fantaisie onirique. Contrairement au fleuriste de boutique, il travaille la soie, le velours, l'organdi et le cuir pour créer des parures destinées à la chapellerie et à la haute couture.

Missions et Savoir-faire

  • L'Apprêtage : Tremper les tissus dans des bains de gélatine ou d'amidon pour leur donner la rigidité nécessaire.
  • La Découpe : Utiliser des emporte-pièces métalliques pour frapper les formes des pétales et des feuilles.
  • La Teinture : Appliquer les couleurs au pinceau ou par immersion, en créant des dégradés subtils.
  • Le Gaufrage : Utiliser des fers à chauffer pour donner du relief aux pétales.
  • Le Montage : Assembler les pétales autour d'un cœur sur une tige de laiton.
Découvrir l'histoire du métier
  • XVIIIe siècle : L'usage des fleurs fraîches sur les chapeaux pose des problèmes de conservation. Les "marchandes de modes" commencent à fabriquer des fleurs en soie et en papier.
  • XIXe siècle : Paris devient la capitale mondiale de la fleur artificielle. On compte des milliers d'ouvrières, les "fleuristes".
  • 1897 - Le Moulin de la Fleuristerie : Fondé à Orges (Haute-Marne), c'est aujourd'hui le dernier centre en France à maîtriser la fabrication des pistils et des étamines.
  • XXe siècle à aujourd'hui : Le métier survit grâce à quelques maisons prestigieuses (Maison Guillet, Lemarié) et des artisans passionnés.

Profil et Qualités

Une patience de botaniste et un œil de coloriste. Ce métier demande une observation minutieuse de la nature pour en reproduire la délicatesse.

Le Plumassier
Métier d'Art

Le Plumassier

"Travail de la légèreté de la plume"

Présentation du métier

Le plumassier est l'artisan d'art spécialisé dans le traitement et la transformation des plumes d'oiseaux pour la parure. Entre technicité rigoureuse et poésie visuelle, il prépare la plume brute pour la transformer en accessoires, en ornements de chapeaux ou en pièces de haute couture.

Missions et Savoir-faire

  • Le Traitement de la plume : Lavage, dégraissage, blanchiment et teinture artisanale.
  • Le Travail de structure : Ébarbage, frisage (donner une courbure élégante), assemblage pour créer des fleurs ou des volumes complexes.
  • L'Anoblissement : Transformer une plume commune en une pièce d'exception.
Découvrir l'histoire du métier

Le métier de plumassier est intimement lié à l'apparat militaire puis à la haute mode féminine.

  • Moyen Âge : Les "Plumassiers-potiers d'étain" fabriquent les panaches des casques de chevaliers.
  • Renaissance : L'usage de la plume explose à la cour. On importe des espèces exotiques.
  • Le XVIIe et XVIIIe siècles : Marie-Antoinette et Rose Bertin lancent la mode des "pouf", coiffures monumentales ornées de plumes.
  • 1870 - 1920 (L'Âge d'Or) : Paris compte plus de 400 ateliers et des milliers de plumassières.
  • Après 1920 : Avec la protection des oiseaux (Convention de Washington), le métier se réinvente avec des plumes d'élevage.

Les garnitures du plumassier

  • Le Panache : Un bouquet de plumes dressées.
  • L'Aigrette : Faisceau de plumes fines et rigides.
  • La Pleureuse : Plume d'autruche aux barbes allongées qui retombe avec souplesse sur le bord du chapeau.

Profil et Qualités

Un métier de patience absolue. La plume est une matière vivante et fragile. Le plumassier doit posséder une grande sensibilité aux couleurs et une dextérité hors pair.